LA MONDIALISATION:
DIX PROPOSITIONS POUR UN CONTRE-PROJET GLOBAL ET LOCAL
Par Fernand Vincent
Access International
" A tout instant, quelque part dans le monde, sous une forme ou sous une autre, le mouvement social organise des résistances ou conduit des offensives qui, si elles bénéficiaient de la même couverture médiatique que les opérations de concentration capitaliste ou l’activité boursière des grandes places financières, révéleraient à tout un chacun l’ampleur des luttes ".
Christian de Brie, " Le retour des rebelles ", le Monde Diplomatique, mai 1998
INTRODUCTION
Le bilan de la mondialisation démontre clairement que l'on ne peut continuer à accepter et à tolérer qu'un système crée tant d'injustices et de souffrances.
Et pourtant, "la mondialisation n'est pas coupable" (Paul R. Krugman). Ce sont les hommes et les dirigeants qui l'ont engendrée qui en sont responsables. Nous les avons laissé faire sans agir. Il est temps de passer à l'action et de renforcer ce qui a déjà été fait pour un véritable changement.
Il n'est pas nécessaire de verser dans l'extrêmisme et de tout condamner. Il est normal de penser et de construire entre les peuples du monde un système d'échanges commercial, économique et financier global et mondial. C'est la façon de le faire et le choix des acteurs qui est fondamental. Or le système actuel issu du néo-libéralisme n'est pas acceptable.
Nous sommes actuellement dans une situation où quatre scénarios sont possibles (Futuribles avril l998) :
1. La société bloquée : renforcement du scepticisme et du besoin de sécurité anesthésiant toute réforme.
2. Le libéralisme prudent : retour au pragmatisme, à l'individualisme. La société devient libérale "malgré elle", la confiance n'est pas restaurée et la fracture sociale s'agrandit.
3. La société exploratrice : retour de l'individualisme et de la confiance portant un libéralisme triomphant.
4. L'harmonie sociale : de nouvelles aspirations s'affirment comme alternatives durables au libéralisme et au matérialisme.
Nous choisirons bien sûr le dernier scénario. Il s'agit en fait de "replacer l'Homme (et la Femme) au centre de nos préoccupations". Il y a nécessité de construire un contre-projet global et local. Il y a "besoin d'utopie". Notre utopie contre la leur !
Beaucoup de citoyens sont à la recherche d'un "Agir ensemble". L'IRED, et beaucoup de ses partenaires, ont commencé le travail vers une autre mondialisation. Comment le poursuivre ?
UN CONTRE-PROJET GLOBAL ET LOCAL
I. LES OBJECTIFS
Nous voulons construire et gérer un contre-projet, ce qui exige d'abord de bien connaître quel est le projet que l'on veut remplacer ou modifier profondément. Bâtir un nouveau projet, pour remplacer l'ancien, suppose réalisme, compétence et engagement dans une action commune et participée.
Ce nouveau projet exige de bien connaître, au départ, quelles sont les valeurs sur lesquelles on veut construire. Avec R. Petrella, nous voulons promouvoir tout d'abord la "solidarité mondiale", non seulement entre le Nord et le Sud, mais aussi entre nantis et marginalisés. Cela suppose : redistribution des richesses à tous les niveaux, protection sociale, égalité des chances et citoyenneté.
Plusieurs défis sont à relever : satisfaction des besoins, revitalisation des liens sociaux, participation, accès au pouvoir, démocratie et arrimage du local au mondial.
Enfin redonner le pouvoir à la société civile. Replacer l'homme, comme on l'a déjà dit, au centre de toute notre action.
II. LES STRATEGIES
Analyser le modèle existant
, les conséquences et les causes des réussites et des échecs à tous les niveaux et dans tous les domaines de façon à ne plus refaire les mêmes erreurs, tel sera notre objectif premier.Appliquer une stratégie basée sur les personnes (people) et leurs organisations et prendre conscience que notre force repose avant tout sur la qualité et le nombre des personnes et des organisations qui se seront engagées concrètement dans le changement. Il faut opposer aux technocrates du modèle dominant les millions de personnes du monde entier qui sont organisées et engagées dans la concrétisation de ces alternatives.
C'est pourquoi, notre stratégie repose sur un double mouvement : du "local au global" et du "global au local". Elle inclut aussi une participation active des autres acteurs, que nous reconnaissons et auxquels nous donnons leur place : l'Etat et le secteur privé, à condition cependant qu'ils jouent leur véritable rôle de "rendre service" aux citoyens, de "gérer le bien commun" et d'associer capital et travail pour produire les biens et services qui répondent aux besoins de tous, à un juste prix et à de justes rémunérations.
Ce nouveau projet suppose une participation active de tous les acteurs. D'où formation pour que chacun, à son niveau, puisse prendre conscience de son rôle et de son pouvoir. Car chacun de nous est souvent à la fois un producteur, de par son travail, et un consommateur, de par les dépenses qu'il effectue. Ensemble, nous pouvons prendre conscience que notre force principale, et que les leviers de notre action, sont d'abord dans le fait que nous sommes des producteurs et des consommateurs. Regroupés et organisés en tant que tels, nous pouvons changer les choses.
Il faut alors relier les personnes et leurs organisations au "politique", pour défendre notre projet et le négocier. En construisant notre "force collective" et en proposant des alternatives réalisables, nous nous imposerons dans les négociations.
Notre nouveau projet suppose de négocier avec les "barons du néo-libéralisme" que sont le FMI, la Banque Mondiale, l'OMC, l'OCDE, les Clubs Financiers Internationaux, les gouvernements et les autres organisations nationales et régionales qui prennent les décisions. Cela suppose : lobbying et négociations.
Nous devons savoir utiliser les conventions internationales qui nous donnent des droits et les déclarations officielles des leaders de ces organisations, à l'exemple du discours introductif à la dernière rencontre de l'OMC par son Secrétaire Général, Mr. Rubens Ricupero :
"L'OMC doit être considérée comme un partenaire dans l'effort international global déployé par l'ONU et ses divers organismes en vue de promouvoir un développement durable et le respect des droits de l'homme et d'atteindre les objectifs de la Charte des Nations Unies. L'OMC, comme toutes les autres organisations internationales, doit s'efforcer d'éviter les dangers de la mondialisation, en particulier celui de la marginalisation des membres les plus faibles de la communauté internationale.
Il ne faut pas se laisser abuser par l'atmosphère de fête des célébrations qui nous réunissent ici. A l'extérieur, il y a l'angoisse et la peur, l'insécurité de l'emploi et ce que Thoreau a appelé "une vie de désespoir silencieux". Cela fait aussi partie de la réalité, au même titre que les succès impressionnants de la libéralisation mondiale. Les Nations Unies, l'OMC et les Institutions de Bretton Woods ont le devoir sacré de donner au monde des raisons de croire à l'avenir et de rendre à tous l'espoir".
III. DIX PROPOSITIONS POUR UN CONTRE-PROJET
Nous voudrions formuler ci-après dix propositions qui présentent nos idées, fortement influencées par un article paru dans le Monde Diplomatique de mai l998, les travaux de R. Petrella, et celles d'autres, cités dans la bibliographie, qui ont le mérite d'être déjà opérationnelles ou suffisamment étudiées. Nous n'avons, bien sûr, pas la prétention de posséder LA réponse ; notre souci est de contribuer à la recherche de solutions pratiques et positives. Des groupes de travail peuvent donc se constituer pour approfondir ces idées et en formuler d'autres.
A. SE DONNER DES OUTILS D'ANALYSE ET DE CONNAISSANCE DE LA SITUATION ACTUELLE
Au plan global
, il nous apparaît que le travail fait par le PNUD et ses experts dans le domaine de l'établissement d'instruments de mesure (indicateurs du développement humain), doit être pris en compte et servir de repères pour nos propositions. Ces indicateurs du développement humain ont le mérite de dépasser très largement l'ancienne approche qui consistait à mesurer le développement en termes quantitatifs, économiques et financiers (PIB, revenu, investissements, etc.).Ces indicateurs, en effet, incluent des éléments de mesure du développement social, culturel, politique et humain, tels l'accès à la santé, à l'enseignement, le degré de démocratisation, l'importance du chômage, etc, qui permettent une approche plus humaine de la notion de développement.
TABLE DES INDICATEURS DU DEVELOPPEMENT HUMAIN
|
- Espérance de vie à la naissance. |
- Population ayant accès aux services de santé. |
|
- Population ayant accès à l'eau potable. |
- Population ayant accès à l'assainissement. |
|
- Apport journalier de calories par habitant. |
- Taux d'alphabétisation des adultes. |
|
- Taux brut de scolarisation, tous niveaux confondus. |
- Diffusion des journaux quotidiens. |
|
- Récepteurs TV. |
- PIB réel par habitant. |
|
- PNB par habitant. |
- Survie et développement de l'enfant. |
|
- Participation des femmes à la vie politique. |
- Sécurité alimentaire. |
|
- Santé. |
- Emploi. |
|
- Disparité dans l'enseignement. |
- Investissement social. |
|
- Accès aux moyens de communication. |
- Flux des ressources (dette extérieure). |
|
- Déséquilibre entre les dépenses militaires et l'emploi des ressources. |
- Bilan démographique (taux de croissance net). |
|
- Croissance urbaine. |
- Bilan des ressources naturelles. |
|
- Utilisation de l'énergie. |
- Tendances économiques. |
|
- Comptes du revenu national (PIB - PNB). |
- Tendances et évolutions sociales. |
|
- Chômage. |
|
|
- Instruments de protection des droits de l'homme. |
|
Il est certain que le modèle occidental et néo-libéral de développement, reposant sur des valeurs contestables telles la "consommation" et l'"argent", n'est plus accepté non seulement par les pays du Sud, mais est maintenant très contesté dans les pays du Nord. Nous lui substituons des notions de justice, de solidarité et de respect des personnes.
Notre stratégie globale utilisera donc ces nouveaux outils pour établir les repères de notre action globale. Elle prendra aussi tous les moyens de nos centres de recherche pour faire un bilan de la situation actuelle et pour connaître les erreurs importantes qui ont été faites et qu'il faut à tout prix éviter à l'avenir.
Au plan local et pratique, nous faisons reposer nos analyses sur les travaux de centres internationaux et nationaux que nous contrôlons. Parmi ceux-ci, il faut citer le Centre International pour le Commerce et le Développement Durable.
LE CENTRE INTERNATIONAL POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT
Créé par un réseau d'organisations non gouvernementales ; l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature, la Communauté de travail des ONG suisses (Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas, Caritas), ainsi que plusieurs ONG du Nord et du Sud, le Centre s'efforce de faciliter les relations entre ONG et OMC. Il permet à chaque organisation de s'informer et de se former sur les travaux de l'OMC et de faciliter les rapports entre la société civile et cette institution.
Pour en savoir plus :
ICTSD
l3, rue de Anémones , 1219 Châtelaine, Genève, Suisse
Tél : +(41 22) 979 94 94, http://www.ictsd.org
Travaillons aussi avec tous les centres nationaux et régionaux, tel le Forum for Debate on Alternative Systems (Forum pour un Débat sur les Systèmes Alternatifs).
B. SOUSTRAIRE L'INFORMATION A L'EMPRISE DU CAPITAL ET EMPECHER LE DEVOIEMENT DES MULTI-MEDIAS
Partout dans le monde, les radios, les chaînes de télévision et la presse sont dans les mains de groupes financiers, liés au modèle dominant, qui contrôlent l'information et distillent leurs idées à des centaines de millions de personnes. La publicité que ces moyens de communication véhiculent influe sur les comportements des consommateurs et enrichit en même temps les propriétaires des entreprises qu'ils contrôlent.
Par ailleurs, l'arrivée en force sur le marché des multi-médias, et en particulier d'Internet, renforce ces dominations et ces influences négatives.
Au plan global, notre contre-projet proposera des alternatives globales, en particulier une réglementation plus sérieuse des droits de propriété des moyens de communication (éviter les monopoles), un système de contrôle de la publicité et surtout la création et le renforcement des initiatives déjà prises pour créer des réseaux nouveaux de communication. PANOS International, par exemple, pourrait jouer un rôle-clé dans cette stratégie.
PANOS INTERNATIONAL
C'est un réseau de PANOS nationaux, très actif dans le domaine de la démocratisation de l'information.
Les objectifs du programme régional pour l'Afrique de l'Ouest, par exemple, sont de :
- Promouvoir les cadres juridiques et institutionnels du pluralisme ;
- Renforcer la viabilité économique des médias ;
- Développer l'accès, l'usage et la démocratisation des Nouvelles Technologies de l'Information (NTI), notamment Internet ;
- Développer la recherche, la documentation et les publications pour mieux connaître les médias.
PANOS Afrique de l'Ouest organise des séminaires, des tables rondes, des voyages d'étude et diffuse des publications.
Pour en savoir plus :
Institut PANOS
20, rue Mohamed V, B.P. 21.132, Dakar Ponty, Sénégal
Tél : +(221) 822 16 66, Fax : +(221) 822 17 61, E-mail : panos@sonatel.senet.net, Alymana Bathily, ou
Institut Panos
10 rue du Mail, 75002 Paris, France
Tél : +(33) 1 40 41 05 50, Fax : +(33) 1 40 41 03 30, E-mail : Panos@worldnet.fr
Au plan local et concret, des projets tels ceux des radios ou des réseaux sectoriels ou locaux d'Internet sont des réponses à multiplier.
Des actions de formation de journalistes spécialisés, des échanges d'expériences pourraient se réaliser systématiquement.
PAN Mongolie : Entre l’Aventure et l’Exploit
Le premier service d’Internet d’origine mongolienne est né grâce aux efforts d’une société locale d’informatique et de réseautage, Datacom, et à l’assitance qu’elle a reçue du Pan Asia Networking (PAN), le réseau panasiatique mis sur pied par le Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI). Ce programme subventionne l’organisation des infrastructures de communications ainsi que toute recherche pertinente dans les pays asiatiques en développement.
Le partenariat entre Datacom et le PAN - qui a débouché sur la création d’un premier réseau de communication à prix abordable - a donné naissance à un réseau complet d’Internet. Mieux encore, ce partenariat a été l’occasion pour la Mongolie d’acquérir une infrastructure de base qui lui permet aujourd’hui d’aménager de nouvelles techniques et de diffuser de nouveaux contenus. Les usagers sont maintenant nombreux, depuis le premier ministre jusqu’aux Mongoliens des zones éloignées, aux agences de développement, aux universités et aux nouvelles entreprises nationales, à se lancer dans l’aventure.
Pour plus d’information :
Data Communications Systems
M. Dangaasuren Enkhbat, Directeur Général
PO Box 385, Central Post Office, Ulanbaatar-13, Mongolie
Tél & Fax : +(976 1) 32 02 10, http://www.idrc.ca/books/reports/1996/36-01f.html
Sources :
Le journal du CRDI, Geoff Long, journaliste indépendant en Asie, et IRED-Forum français n°66, avril-juin 1998
LE SUCCES DES RADIOS DE PROXIMITE
Avec plus de soixante radios privées, le Mali est le champion des ondes africain. Aucun pays du continent noir ne partage la même passion pour la bande FM ni ne dispose de la même liberté. Une liberté qui frise l’anarchie.
Les radios dites locales sont avant tout des radios de proximité : leur aire de diffusion, c’est le village, la ville , la région, un groupe humain lié par une même appartenance ethnique, la religion, un métier. Elles peuvent être publiques ou privées et, si elles sont privées, commerciales (à but lucratif) ou non commerciales. Ces radios locales privées non commerciales appelées, selon les cas et les pays, radios communautaires ou radios associatives, ont en général un statut impliquant la participation des auditeurs à la gestion de la station et à la réalisation d’émissions. Elles ont aussi un objectif de développement au sens large, que ce soit dans le domaine économique, social (alphabétisation, éducation, formation, vulgarisation) ou culturel. Elles se veulent indépendantes à la fois du pouvoir administratif ou politique et du pouvoir de l’argent. Mais elles reçoivent bien souvent des subventions et perçoivent parfois quelques recettes publicitaires bienvenues.
Si les radios commerciales sont surtout urbaines, beaucoup de radios communautaires ou associatives sont rurales, même si elles émettent à partir d’un centre urbain, en général situé en milieu rural.
Source :
Le Grain de Sel n°8, décembre 1997
Pour plus d’information sur les radios locale :
Association Mondiale des Radiodiffuseurs Communautaires (AMARC)
3575, boulevard St-Laurent, Montréal, Québec, Canada, H2X 2T7, Tél : +(1 514) 982 0351, Fax : +(1 514) 849 7129, E-mail : amarcho@amarc.org
C. GARANTIR UN EMPLOI ET UN REVENU MINIMUM A TOUS
Au plan global
, travaillons, en particulier avec les syndicats, à une nouvelle distribution du travail et à une meilleure maîtrise des effets des délocalisations.Par le BIT, nous pouvons négocier des conventions internationales pour protéger et stimuler l'emploi, en particulier par la création de petites et moyennes entreprises qui seraient mieux soutenues par les banques et par les gouvernements pour recevoir les crédits dont elles ont besoin.
Un accent spécial sera mis sur le secteur non formel des villes du Sud, et aussi du Nord. C'est en effet là que l'emploi peut être développé et multiplié. Plutôt que de condamner le secteur, il faut l'organiser, l'aider à se développer en harmonie avec le secteur moderne.
Les négociations entre employeurs et employés s'intensifieront pour trouver les voies et moyens d'une diminution du travail profitable à l'emploi de chômeurs.
Au plan local et concret, nous pouvons soutenir et développer des initiatives allant dans le sens cité ci-avant.
Voici quelques exemples à suivre :
"Face au chômage dû à la baisse de la demande et à l'augmentation de la productivité, les usines Volkswagen en Allemagne doivent licencier des dizaines de milliers d'ouvriers. A la suite d'une prise de conscience des patrons et des employés et de négociations fructueuses, un accord aboutit à une réduction des heures de travail de l'ensemble des ouvriers pour que ceux qui allaient être licenciés puissent continuer à travailler, et cela, grâce à des efforts financiers acceptés à la fois par l'entreprise, mais aussi par les ouvriers".
"Le coût de la création d'un emploi durable, dans le secteur informel du Sud est d'environ 2.000 US$. Celui de la création d'un emploi dans le secteur moderne de l0 à 50 fois plus selon les cas. Certes, la richesse économique créée par l'emploi du secteur moderne est plus importante, mais ne va-t-elle pas dans les poches de ceux qui possèdent déjà suffisamment ?".
"A l'exemple de plusieurs pays européens, et grâce à l'action des syndicats, la fixation d'un Revenu minimum est accepté et payé, permettant aux plus démunis de sortir de la misère".
D. DONNER UNE PLUS GRANDE PLACE AU SUD
Dominique Froidevaux
, dans la "Guerre économique", cite : "le Sud, dans ce système ? Soit il s'intègre, soit il est largué ! Nous vivons dans un véritable apartheid social".Le Sud doit trouver sa place dans le monde et pour cela, au plan global, nous nous engagerons dans des actions d'importance. L'annulation de la dette est une mesure que les pays riches doivent prendre rapidement, car cette dette provient souvent de décisions de dirigeants du Sud qui ne mesuraient pas les conséquences de leurs actes en signant de tels contrats de longue durée, et en US$ ! Soutenons donc à fond toutes les initiatives qui sont prises en vue de progresser dans ce sens.
L'aide au développement sera réformée et responsabilisera davantage ceux qui la reçoivent. Influençons la politique de nos gouvernements et celle des ONG , dont nous sommes membres, pour que nos aides soient efficaces (capitalisation, accès au crédit, formation, renforcement institutionnel, effacement de la dette, etc.)
Au plan local et concret, nous pouvons augmenter le nombre de nos réussites et inventer de nouvelles solutions. Par exemple :
* Créons des Fonds de contrepartie des rachats de dettes, comme le gouvernement et les ONG suisses l'ont fait aux Philippines, grâce à un rachat de dette de 50 millions de SFr. Ce Fonds, financé en monnaie locale par le gouvernement philippin, sert à financer des projets de développement durable présentés par les ONG du pays. La création d'une Fondation nationale fut possible grâce à la formation d'un capital dont les intérêts servent à financer ces projets. Ainsi, le Fonds est durable et les décisions sont prises par les représentants des ONG locales qui administrent le Fonds.
* Augmentons et généralisons la création de systèmes financiers décentralisés ou de micro-banques, pour faciliter l'accès au crédit de ceux avec lesquels les banques refusent de collaborer.
GRAMEEN BANK
Créée par Mohamed Yunus, il y a l5 ans, la Grameen Bank du Bangladesh est aujourd'hui un exemple intéressant qui démontre que "prêter aux pauvres est non seulement possible, mais rentable, car ils remboursent mieux que les riches". Par ailleurs, la Grameen Bank atteint plusieurs millions de clients pauvres de tout le pays et est devenue LA référence mondiale, utilisée par les grandes organisations financières internationales, pour concevoir et développer des programmes de micro-crédit.
En plus, la Grameen Bank est aujourd'hui un exemple qui a donné naissance, dans une vingtaine de pays, à la création de systèmes financiers ou banques semblables. Un exemple à suivre parce qu'il est aussi une alternative financière qui a démontré sa puissance et son efficacité.
* Modifions nos comportements de consommateurs pour créer une demande de produits sains. Le travail de l'Association Mondiale des Consommateurs, dont le siège est à Penang, en Malaisie, aura notre soutien.
ASSOCIATION MONDIALE DES CONSOMMATEURS DE PENANG, MALAISIE
Pour plus d’information :
C/O Third World Network
228 Macalister Road, 10400 Penang, Malaisie
Tél : +(604) 2293511, Fax : +(604) 2298106, E-mail : twn@igc.apc.org
Et aussi, encourageons et soutenons les recommandations formulées par la dernière réunion des Ministres du Commerce de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine). Redonner au Sud, et en particulier à l'Afrique une place plus juste dans le commerce mondial sera une de nos préoccupations majeures.
E. DESARMER LE POUVOIR FINANCIER
Dans le système actuel, l'Etat abdique face au pouvoir financier qui est totalement contrôlé par les multinationales et les banques. Celles-ci sont donc devenues des puissances dont les décisions conditionnent notre vie. Le tableau ci-après parle de lui-même et démontre bien l'importance du pouvoir des transnationales :
Le poids des Etats et des transnationales
(en milliards de US$)
Entreprises ou pays Total du chiffre d'affaires (transnationales)
ou du PIB (pays)
Indonésie l74,6
General Motors l68,8
Turquie l49,8
Danemark l46,1
Ford l37,1
Afrique du Sud 123,3
Toyota 111,1
Exxon 110,0
Royal Dutch/Shell 109,8
Norvège 109,6
Pologne 92,8
Portugal 91,6
IBM 72,0
Malaisie 68,5
Venezuela 59,0
Pakistan 57,1
Unilever 49,7
Nestlé 47,8
Sony 47,6
Egypte 43,9
Nigéria 30,4
Ou encore :
Les cinq plus grandes 871,4
entreprises
Pays les moins avancés 76,5
Asie du Sud 451,3
Afrique subsaharienne 246,8
Source : Fortune Magazine, 1996, Banque Mondiale, l995, et UNRIST, 1995
Ainsi, par exemple, le chiffre d'affaires de plusieurs transnationales est supérieur au PNB (Produit National Brut) de nombreux grands pays ! C'est donc bien la démonstration que le pouvoir des transnationales est plus grand que celui des Etats, et ce d'autant qu'elles sont organisées au niveau mondial, alors que les Etats se renferment trop souvent sur leurs propres frontières.
Au plan global, notre action consistera à :
- Renforcer les expériences d'économie sociale et solidaire.
- Taxer le capital et surtout la spéculation, car il est inacceptable que plus de 90% des transactions financières ne représentent aucun effort productif, mais seulement du papier...
- Créer, comme le réclame R. Petrella, un Conseil Mondial de Sécurité Financière et un Fonds Mondial destinés à financer l'état de bien-être des plus démunis de notre planète.
- Introduire une taxe sur les transactions financières (Taxe Tobin) qui permettrait de financer un tel Fonds.
LA TAXE TOBIN
James Tobin, Prix Nobel d’économie, a proposé le prélèvement d’un impôt sur toutes les transactions en devises. Selon lui, une imposition même minime, augmenterait suffisamment le coût de la spéculation pour enrayer cette machine infernale. L’autre avantage d’une telle imposition serait de dégager des ressources importantes qui pourraient être utilisées, dans le cadre d’un fonds approprié, pour des projets accordant la priorité aux besoins fondamentaux (alimentation, logement, santé, éducation ) des plus démunis.
La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement a calculé qu’une taxe de 0.25 % appliquée progressivement sur les opérations de change réduirait le total mondial des opérations spéculatives dans une proportion pouvant aller jusqu’à 30 %, tout en générant des recettes fiscales de l’ordre de 200 milliards de dollars par an pour l’ensemble du monde.
C’est le caractère provoquant de cette proposition que nous retiendrons ici. Tobin montre en effet que les richesses existent : elles circulent, elles sont accaparées par un petit nombre. On peut donc tenter d’en redistribuer une partie tout en introduisant un grain de sable dans la mécanique spéculative.
Source :
" Agir : pour une nouvelle citoyenneté ", Dominique Froidevaux dans " Guerre Economique ".
ATTAC, C’EST PARTI !
L’Association Action pour une Taxe Tobin d’Aide aux Citoyens (ATTAC) a été créée avec pour objectif de produire de l’information sur tous les aspects de la domination de la sphère financière et d’agir contre elle aux niveaux national, européen et international.
Pour en savoir plus :
Association Action pour une Taxe Tobin d’Aide aux Citoyens (ATTAC)
9 bis, rue de Valence, 75005 Paris, France
Tél : +(33) 01 43 36 30 54
Au plan local et concret
, renforçons et coordonnons les très nombreuses initiatives et réalisations dans le domaine du financement alternatif et en particulier :- les banques coopératives et alternatives contrôlées par leurs membres ;
- les systèmes d'épargne solidaire qui facilitent le financement de l'économie sociale et le financement du développement du Sud ;
- les systèmes efficaces d'épargne et de crédit (Grameen Bank et autres) ;
- la solidarité nord-sud des fonds de pension ou des syndicats ou églises ;
- l'utilité des systèmes de garanties bancaires pour donner aux plus déshérités la possibilité d'emprunter pour réaliser et financer leurs projets économiques ;
DES GARANTIES BANCAIRES POUR CREER DES EMPLOIS
La Fondation RAFAD, à Genève, accorde aux organisations de producteurs et commerçants (artisans du secteur informel, femmes-entrepreneurs, coopératives paysannes voulant exporter leurs produits, etc.) des garanties bancaires internationales qui leur permettent d'avoir accès au crédit de leurs banques locales, en monnaie locale, pour financer leur équipement, l'achat des matières premières ou des produits à commercialiser, ou encore pour simplement créer le cash flow nécessaire à leur fonctionnement journalier.
Grâce à ces garanties bancaires et en 10 ans, plus de 30.000 emplois ont été créés ou consolidés grâce à un capital-garanties de 3 millions de US$. Le coût de la création d'un emploi est de 1.500 US$ alors qu'il est dix fois supérieur (ou davantage) dans le secteur moderne.
ACCION International en Amérique latine, OPPORTUNITY International, la Fondation FRANCE-ACTIVE et d'autres organisations utilisent de telles méthodes alternatives de financement pour faciliter la création d'emplois non seulement dans le Sud, mais aussi au Nord où le chômage sévit.
Pour en savoir plus :
Fondation
RAFAD1, rue de Varembé, 1211 Genève 20, Suisse
Tél : +( 41 22) 733 50 73, Fax : +(41 22) 733 70 83, E-mail : rafad@iprolink.ch
- l'utilisation et l'appui aux centres d'information financière permettant d'orienter les placements de notre épargne vers des investissements éthiques et solidaires ;
- l'adhésion aux organisations d'actionnaires qui achètent des actions d'une multinationale et se rassemblent pour mieux intervenir lors des assemblées générales de ces entreprises pour faire connaître leurs positions face à la politique menée.
CANES DE NESTLE
C'est une association des "actionnaires responsables" de la grande multinationale de l'alimentation qui utilisent ensemble leur pouvoir de vote pour intervenir, en assemblée générale des actionnaires, sur des questions de politique de l'entreprise, touchant en particulier aux domaines éthiques.
Ainsi, la CANES a joué un rôle très actif dans la grande campagne "Baby killer", qui a obligé la multinationale à changer sa politique de marketing.
Pour en savoir plus :
Convention des Actionnaires de Nestlé (CANES)
Case postale, 1270 Trélex, Suisse
Enfin, soutenons tous les efforts effectués par les entreprises qui désirent associer les travailleurs au capital et à la gestion des affaires (exemple : Business Citizenship, "Grassroots Development", revue de l’Inter American Foundation à Washington (USA), p.21/2 ").
DEFINIR L’ENTREPRISE CITOYENNE
Schéma à insérer ici.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LA CONTRIBUTION DE L’ENTREPRISE AU DEVELOPPEMENT
L’entreprise peut contribuer au développement durable de trois manières :
1) d’abord et avant tout en gérant avec compétence ses activités principales tout en respectant l’éthique de façon à maximiser les bénéfices engendrés et les effets multiplicateurs pour les pays où elle est implantée et les communautés, ceci grâce à :
- des décisions responsables dans le choix de la localisation et des investissements qui tiennent compte du contexte environnemental et social ;
- une production, un marketing, une distribution des marchandises et des services qui sont responsables ;
- une gestion des ressources humaines qui implique une politique de l’emploi saine, des programmes de santé et de sécurité, des cycles de formation, la prise de participation au capital par les employés et des primes d’encouragement ;
- une coopération dans le domaine de la technologie qui enrichit le savoir-faire local et les systèmes de gestion ;
- une mise en oeuvre de principes et de critères internationalement reconnus dans le monde des affaires et de pratiques ayant trait à la qualité des produits et à la gestion de l’environnement ;
- la création de liens en amont ou en aval, qui maximisent les points forts et les points faibles locaux, qui favorisent la création d’entreprises grâce par exemple à des pratiques d’approvisionnement et d’achats qui font appel à des services locaux et créent des facilités locales plutôt que d’avoir recours à des importations.
2) en second lieu, grâce à des investissements sociaux, il ne s’agit pas de se limiter à la distribution de subventions philanthropiques aux oeuvres charitables locales, mais aussi de partager l’expertise dans le domaine de la gestion et de la technique, par exemple en proposant des programmes de formation à la gestion aux autorités locales et aux ONG.
3) troisièmement, l’entreprise peut être amenée à jouer un rôle important dans la gestion du bien commun en discutant avec le gouvernement central ou local de la création de régimes fiscaux appropriés, de structures institutionnelles et de mécanismes régulateurs qui permettent de s’attaquer aux obstacles que doivent franchir des investisseurs responsables du secteur privé, de contribuer à l’éducation, à la formation, au développement économique local, à l’emploi, à l’élaboration de politiques de l’environnement.
Dans ce contexte, une bonne entreprise peut se définir ainsi : c’est une entreprise qui gère de façon responsable son impact économique, social et environnemental, minimisant les impacts négatifs et maximisant les impacts positifs, et qui entretient avec ses principaux partenaires, auxquels elle rend des comptes, des relations transparentes.
Source :
Grassroots Development 21/2, 1998
F. PROMOUVOIR UN COMMERCE EQUITABLE
Le libre accès aux marchés est une notion néo-libérale qui peut avoir sa raison d'être entre partenaires égaux. Malheureusement, c'est une notion suicidaire entre partenaires inégaux, et c'est souvent le cas entre le Nord et le Sud. Le Président Nyerere comparait ce combat à celui d'un éléphant et d'une souris !
Le Sud doit avoir accès au marché du Nord avec ses prix, liés à son système de production basé davantage sur l'utilisation maximum de la main d'oeuvre plus que la maximisation de la productivité, fruit de l'utilisation de technologies d'avant garde et donc très chères.
Au plan global, assurons la promotion de systèmes de production liés à l'utilisation intensive de main d'oeuvre (pour donner du travail à tous) et engageons-nous dans les négociations commerciales qui, sur le plan international, permettront aux pays du Sud et aux petites entreprises du monde entier d'avoir accès aux marchés.
Le commerce alternatif, (par ex. Max Havelaar), a sa raison d'être, et est un exemple à suivre et à multiplier, mais il faut bien avouer qu'il répond davantage à des besoins de conscientisation des consommateurs du Nord, face aux injustices de la fixation des prix aux producteurs du Sud, qu'aux besoins économiques des coopératives de producteurs du Sud qui cherchent à vendre la totalité de la production de leurs membres. L'éthique, pour les pays du Sud, c'est de vendre toute sa production à des prix plus élevés que ceux du marché mondial fixés par les spéculateurs ! Cela suppose de suivre l'exemple de la Côte d'Ivoire qui a, il y a quelques années, bloqué ses exportations de cacao pour influencer la fixation des prix au niveau mondial. Malheureusement, bien qu'étant un des premiers producteurs de cacao du monde, la Côte d'Ivoire n'a pas été suivie par les autres pays, producteurs comme elle de cacao, et elle a dû finalement vendre ses stocks bloqués à perte. Il y a donc nécessité absolue de décider ensemble, entre pays producteurs, d'une politique commune à appliquer dans les relations commerciales avec les compagnies acheteurs de cacao.
Au plan local et concret, multiplions, à tous les niveaux, des exemples tels ceux décrits ci-après :
Exemples de commercialisation directe :
EXPORTATION DE CAFE ET COMMERCE ALTERNATIF
Depuis quelques années, plusieurs coopératives paysannes du Tiers Monde (MCCH en Equateur, La FLORIDA au Pérou, GITERAMA au Rwanda) exportent leur café grâce aux débouchés créés en Europe par Max Havelaar et d'autres organisations du commerce équitable. Grâce aux garanties bancaires de la Fondation RAFAD, des Banques Alternatives de Suisse, de Hollande et de Belgique prêtent à faible intérêt les fonds nécessaires pour l'achat aux paysans. Grâce aux contacts de toutes ces Agences européennes, plusieurs importateurs se sont déclarés prêts à acheter, aux prix du marché, le surplus de café mis sur le marché international par ces coopératives du Sud.
Ainsi, les producteurs du Sud peuvent dorénavant commercialiser toute leur production et recevoir un juste prix de leur café, puisqu'ils peuvent ainsi éviter de devoir vendre aux usuriers locaux.
Pour plus d’information :
MCCH Fondation
Rumichaca y Moro Moro, Barrio Turubamba, PO Box 17-1900010 Quito, Equateur, Tél : +(593 2) 670 925, Fax : +(593 2) 673 366, E-mail : fund@mcch.ecx.ec
G. PROMOUVOIR L'ETHIQUE ET SE DONNER UN CODE DE CONDUITE
Le "laisser faire" du système néo-libéral a donné naissance à des comportements inacceptables et à des injustices condamnables. Cela ne peut durer ! Il y a besoin, au plan global, de retrouver des règles éthiques dans nos échanges économiques et financiers et de codifier, pour aider les agents économiques à se comporter de façon acceptable.
Il appartient aux organisations internationales, et en particulier à l'OMC, d'établir ces règles, ces normes et ces codes, comme le fait déjà le BIT en matière d'emploi, et aux gouvernements de les voter et de les faire appliquer strictement.
La stratégie des organisations de la société civile sera donc de "déligitimer les logiques dominantes" (le Monde Diplomatique). L'action d'information doit être prioritaire. Faire connaître les abus et faire condamner les responsables de ces abus, devient un objectif de notre action commune. Inclure de telles actions dans les programmes globaux des ONG est une nécessité (Voir exemples ci-après).
Les épargnants que nous sommes s'organiseront pour savoir où et comment notre épargne et nos cotisations de retraite ont été investies. Notre épargne doit être "responsable" et "solidaire". Créons les mécanismes financiers ou de pression utiles à la promotion de systèmes basés sur la justice et la solidarité.
Au plan local et concret, multiplions et renforçons notre action commune en nous inspirant des exemples suivants :
- Critères d'investissements éthiques
ASSOCIATION ETHIQUE & INVESTISSEMENTS
Critères d’Investissements Ethiques
1. Politique d’innovation et de développement, créatrice d’emploi.
2. Participation des salariés à la valeur ajoutée de l’entreprise.
3. Importance donnée à la formation des salariés.
4. Responsabilité des salariés dans l’organisation du travail.
5. Possibilité d’expression au sein de l’entreprise.
6. Conditions de travail et de sécurité.
7. Emploi de personnes handicapées et adaptation de leur poste de travail.
8. Emploi de jeunes ou de personnes peu qualifiées avec contrats d’apprentissage ou stages de qualification.
9. Accompagnement des personnes licenciées avec aide au reclassement.
10. Accompagnement des mises en retraite ou préretraite.
11. Contribution à des actions pour l’insertion de personnes défavorisées.
12. Politique d’intégration de salariés d’origine étrangère.
13. Utilité sociale des biens et services produits.
14. Participation active à la protection de l’environnement.
- Critères pour l'évaluation d'une entreprise
CRITERES POUR L'EVALUATION D'UNE ENTREPRISE
Sur le plan de l’environnement
1. L’existence d’une politique et d’une stratégie en matière d’intégration de l’écologie dans les décisions de l’entreprise et, le cas échéant, la présence d’un système de contrôle.
2. Le niveau de responsabilité occupé au sein de l’entreprise par les personnes en charge de la dimension environnementale de la gestion.
3. L’information régulière du personnel sur les problèmes de nature écologique, ainsi que la promotion de conditions de travail permettant aux employés d’agir d’une manière responsable vis à vis de l’environnement.
4. L’ouverture au dialogue, avec des partenaires externes en matière de protection de l’environnement et de sécurité. La publication d’un rapport environnemental annuel ou d’un document similaire.
5. L’intégration des aspects écologiques dans toute nouvelle activité ou tout nouveau projet.
6. L’amélioration des processus de production du point de vue, par exemple, des émissions nocives, du bruit, de la sécurité, de la génération de déchets, de la consommation d’énergie et de ressources naturelles.
7. La qualité des produits ou des services, la manière dont ils sont stockés, la possibilité de les recycler. L’existence, dans la gamme de la société, de produits au bénéfice d’un label attestant de leur respect de l’environnement. Les ressources affectées au développement de nouveaux produits ou services plus compatibles avec les préoccupations écologiques.
8. Le contrôle exercé sur les fournisseurs, notamment l’évaluation par l’entreprise de leur efficience écologique.
9. La prise en compte des dimensions écologiques dans les choix opérés en matière de transport de biens et de personnes.
10. Les efforts fournis dans le domaine du conseil aux consommateurs, notamment quant à l’utilisation, au transport, au stockage et à l’évacuation des produits fournis.
11. L’existence de plans d’urgence afin de maîtriser au mieux les catastrophes, là où des risques significatifs existent.
12. Le non-recours à l’expérimentation animale, ou du moins sa limitation aux cas inévitables.
Sur le plan social
1. Relations avec les employés : conditions de travail respectant la santé et la dignité de chaque employé. Politique de formation adéquate. Politique d’information ouverte et honnête. Absence de pratiques discriminatoires et garantie d’une égalité de traitement et de chances, à compétences égales, sans considération de sexe, d’âge, de race ou de religion.
2. Relations avec les partenaires sociaux : existence et maintien de conventions collectives. Travail avec les pouvoirs publics et les groupements d’employés pour faire face aux problèmes liés au chômage résultant de certaines décisions de l’entreprise.
3. Relations avec les clients : fournitures de produits et de services de qualité, répondant à leurs besoins et ne mettant pas en danger leur santé ou leur sécurité.
4. Relations avec les différents bailleurs de fonds : garantie d’un rendement équitable et compétitif des fonds reçus. Politique d’information adéquate. Ouverture à l’égard des suggestions, des doléances et des résolutions formelles des bailleurs de fonds.
5. Relations avec les fournisseurs : équité et bonne foi, notamment en matière de fixation des prix. Partage de l’information. Absence d’utilisation déloyale de la taille de l’entreprise. Choix de fournisseurs respectant la dignité humaine.
6. Relations avec les autres producteurs : exercice loyal de la concurrence (notamment : promotion de l’ouverture des marchés, respect des droits de propriété intellectuelle, proscription de l’espionnage industriel, monopolisation, ententes).
7. Relations avec les collectivités : respect et promotion des droits de l’homme. Soumission aux dispositions légales, notamment fiscales. Activités caritatives, contributions à l’instruction et à la culture. Respect des cultures locales. Soutien à la paix, à la sécurité, à la diversité et à l’intégration sociale.
Source :
Interview de Ricardo Petrella dans " Guerre Economique, l’heure de la résistance ", Cotmec, Genève(Suisse), 1997
- Centre-Info, Fribourg, Suisse ;
Ce Centre effectue des audits sociaux et économiques très détaillés des principales multinationales et grandes entreprises de Suisse en se basant sur des critères éthiques connus et établis par un groupe d'ONG spécialisées du monde entier.
En accordant une note (de -4 pour les plus mauvaises à +4 pour les meilleures entreprises - la note zéro n'entre pas en ligne de compte), Centre-Info donne aux investisseurs éthiques les moyens de décider où ils veulent investir.
Récemment, le Fonds de placement Ethos a été crée par deux Fonds de pension importants de Suisse romande qui utilisent les services et les résultats de ces audits sociaux pour investir leurs capitaux. C'est actuellement l'équivalent de plus de 400 millions de $ qui sont investis de cette façon et qui permettent aux membres des caisses de pension de participer aux assemblées générales des entreprises où le Fonds Ethos investit. Dernièrement, les représentants d'Ethos se sont manifestés avec force à l'assemblée générale de l'Union de Banques Suisses et ont obligé cette grande banque à dévoiler sa politique de rapprochement avec la Société de Banques Suisses.
H. DES RESEAUX POUR UNE SOCIETE CIVILE ENGAGEE ET EFFICACE
Au plan global
, la reconnaissance, au niveau international et en particulier par l'ONU, des organisations de la société civile comme des partenaires possédant le même droit de vote que les Etats ou les pouvoirs financiers et les multinationales est nécessaire. Il est temps que l'ONU accepte cela au niveau de son fonctionnement et de son système de décision. Le temps des "statuts d'observateurs" avec droit de parole de deux minutes est révolu. Les organisations de la société civile se rassembleront pour imposer leurs droits au niveau international, et cela non seulement dans le domaine économique et financier, mais aussi au plan culturel, social et celui des droits de l'homme.Renforcer l'action des réseaux, aux niveaux local, national, régional et international est un impératif de notre action commune. Si nous voulons changer les choses, nous devons être forts, organisés et compétents. Faisons parler la force du nombre de nos membres face au pouvoir de l'argent. Martin Luther King le savait, lui qui a changé tant de comportements par son action civile et non violente organisée.
Développons nos réseaux dans tous les domaines : associations culturelles, sportives et religieuses, syndicats, églises, organisations de producteurs et de consommateurs. Bref, ne restons plus isolés, recherchons entre nous des solutions, bâtissons des coalitions et des systèmes forts, mondialisés, (n'ayons pas peur des mots !), pour discuter, au niveau mondial, avec nos idées et nos projets à égalité avec ceux que nous contestons, mais avec des outils différents, ceux des hommes, responsables et décidés à promouvoir la justice et la solidarité.
Au plan local et concret, nous possédons déjà de solides exemples de réseaux efficaces. L'IRED est un de ceux-là. C'est pourquoi l'action de chaque membre de l'IRED est si importante.
Avec nous, d'autres réseaux locaux, nationaux, régionaux et internationaux sont en action. Voici quelques exemples :
- Réseau des consommateurs de Penang ;
- People's Global Action against Free Trade ;
ACTION GLOBALE DES PEUPLES CONTRE LE LIBRE COMMERCE
Ce Réseau mondial était le responsable, à Genève durant la dernière rencontre de l'OMC, de l'organisation d'une Conférence parallèle et contradictoire au Sommet Mondial du Commerce Libre.
Fort de millions de membres, spécialement des organisations de base des producteurs d'Asie, d'Amérique Latine et d'Afrique, mais aussi du Nord (plus de 300 !), le PGA veut promouvoir une confrontation non-violente avec l'OMC, informer ses membres et organiser les actions de "lobbying" et "pressuring" pour obtenir plus de justice dans les rapports commerciaux entre acheteurs et vendeurs, entre le Nord et le Sud et entre petits et grands.
Pour en savoir plus, contacter :
Play Fair Europe
E-mail : playfair@asta.rwth-aachen.de
- Réseau des Banques alternatives ;
LE RESEAU INTERNATIONAL DES BANQUES ET INSTITUTIONS DE FINANCEMENT ALTERNATIF
Domicilié à Bruxelles, le Réseau International des Banques Alternatives et des Systèmes Financiers Alternatifs (INAISE) rassemble plusieurs dizaines d'organisations-membres, spécialement d'Europe, mais aussi d'Amérique du Nord et du Sud, d'Afrique et d'Asie.
INAISE organise annuellement une rencontre d'échanges d'expériences entre toutes ces initiatives réussies de financement du développement durable au Nord, comme au Sud. Investir dans ces Banques et systèmes financiers, c'est être sûrs que notre épargne devient un outil de solidarité et de développement durable, c'est contribuer à créer des mécanismes financiers alternatifs au système dominant.
Pour en savoir plus :
Réseau International des Banques Alternatives et des Systèmes Financiers Alternatifs
40, rue d’Arlon, 1040 Bruxelles, Belgique, Tél : +(32 2) 234 57 98, Fax : +(32 2) 234 57 97, E-mail : inaise@inaise.org
- Réseau de coopératives de production et de commercialisation ;
- Global Forum of Farmers' association (Forum Global des Associations de Paysans) ;
- Groupes locaux d'initiatives, France ;
- Réseau international des pêcheurs traditionnels (International Network of Traditional Fishermen).
I. DES CLAUSES ET DES CONVENTIONS INTERNATIONALES DE PROTECTION SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE
Au plan global
, les ONG s'engageront de façon déterminée dans les négociations internationales qui sont en cours, en particulier celles liées aux clauses sociales (entre le BIT et l'OMC, Programmes nationaux de réajustement structurel, accords et Convention de Lomé, etc.).L'Accord Multilatéral d'Investissements (AMI) doit être renégocié étant donné les vives réactions provoquées par le premier projet proposé. Il doit devenir un véritable AMI des peuples et des personnes.
Au plan local et concret, adhérons et militons dans les grandes organisations déjà existantes et efficaces, telles Greenpeace et Amnesty International.
Soutenons et initions aussi dans notre pays et notre environnement des actions telles "Made in Dignity", STEP ou/et adhérons aux syndicats et organisations qui agissent au niveau local.
J. CONSTRUIRE UN ESPACE PUBLIC ET PLANETAIRE
Si la nation est le seul cadre dans lequel les citoyens peuvent exercer effectivement l'intégralité de leurs droits démocratiques, du moins quand ils en ont, il est évident qu'aujourd'hui, la globalisation des problèmes à régler et des acteurs dominants (marchés financiers, entreprises transnationales, mafias) impose non seulement des régulations à l'échelle mondiale, mais aussi des actions d'envergure à ce niveau pris par nos organisations de la société civile (Le Monde Diplomatique).
Des superstructures internationales sans espace public à la même échelle risquent de rester des oligarchies ou des bureaucraties. Tout ce qui crée ou consolide des liens transfrontaliers et contribue à faire naître une conscience planétaire est bon à prendre. Le développement d'associations de toute sorte, la création de nouvelles organisations de la société civile est la condition sine qua non de la création d'un embryon d'espace public planétaire, donc d'un moyen de pression et de conscientisation sur les gouvernements et les organisations internationales dont ils sont membres.
CONCLUSIONS
Ce dossier est un essai. Il voudrait être un outil de travail pour le réseau IRED ou pour toute personne ou organisation intéressée à dépasser le stade de la critique négative qui n'apporte aucune solution. Ce dont nous avons besoin, c'est de l'engagement de tous pour trouver des alternatives constructives qui seront demain utilisées par les politiques et les décideurs dont nous serons, parce que nous aurons agi avec efficacité.
Partout, créons des groupes de travail pour chercher ou faire connaître et se développer des solutions crédibles. IRED-Forum attend vos réactions et vos propositions et vous fera savoir comment elle peut faire connaître vos travaux, vos initiatives et votre action.
Bibliographie :
Dossier du Monde Diplomatique, Mai l998
"Guerre économique, l'heure de la résistance", COTMEC, Genève, Interview de R. Petrella, Président du Groupe de Lisbonne et Professeur à l'Université Catholique de Louvain
"Mondialisation et gouvernance", dans Futuribles, Avril l998, n° 230
"Business as Partners in Development", Jane Nelson, in Grassroots Development, Vol.21, n°2, Washington, l998
"La mondialisation n'est pas coupable", Paul R. Krugman, Edition de Découverte, Paris
"Rapport mondial sur le Développement humain l997", PNUD, New York